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#9 Vous reprendrez bien un peu de Ti punch ?

Bienvenue dans cette neuvième édition de “Genius at Work” ! “Genius at Work” regroupe la correspondan
Genius at Work
#9 Vous reprendrez bien un peu de Ti punch ?
Par Genius at Work • Numéro #9 • Consulter en ligne
Bienvenue dans cette neuvième édition de “Genius at Work” !
“Genius at Work” regroupe la correspondance entre Estelle Haas et Alexandre Dana. Chaque semaine, ils décortiquent la routine de travail d’un génie : scientifique, romancier, entrepreneur, athlète…
Dans sa vie, Estelle utilise le théâtre pour coacher des dirigeants sur leur prise de parole en public. Elle adore le théâtre, mais pas les mamies du premier rang qui toussent.
Dans sa vie, Alexandre est CEO de l’école en ligne LiveMentor, école pour les entrepreneurs, freelances ou indépendants. Il ressemble à un fou quand il se met à parler (souvent seul) d’éducation.
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Merci pour tes lettres, que je dévore dans le train qui me ramène en ce moment même de Londres.
C'est drôle que tu me parles de la routine arrosée de Churchill !! Figure toi qu'hier soir j'ai fait une belle rencontre placée également sous le signe de l'alcool.
J'étais partie pour passer une soirée tranquille. Je me suis installée dans un pub choisi au hasard parmi les nombreux choix londoniens.

Le Ye Olde Cheshire Cheese et un vin chaud.
Le Ye Olde Cheshire Cheese et un vin chaud.
En bavardant avec le barman barbu, j’ai découvert que j’étais précisément assise à la table préférée de… Charles Dickens !!

Selon le monsieur barbu, Charles Dickens n’est pas du genre à siroter un vin chaud. Son truc à lui c’est plutôt le grand gin punch.

Tu sais qu’à l’époque de Dickens - c’est l’époque Victorienne - boire est vraiment mal perçu ? Tu te souviens peut-être de tes cours d’économie et des poor law : la loi des pauvres (1834) qui supprime les aides destinées aux pauvres ? Ce sont les fameuses “workhouses” : des maisons de travail. Bon, en fait c’étaient des pseudos prisons où les pauvres étaient exploités.

Pour l’Angleterre aristocratique et puritaine, la pauvreté est synonyme de dépravation et d’alcoolisme… mais tu peux toujours courir si tu crois que cela va empêcher notre Charles Dickens de se siffler son gin punch.

Bref ! Suite à ma rencontre hasardeuse, je me suis renseignée sur ce fameux Dickens.
Jolie coupe Charlie !
Jolie coupe Charlie !
Et j’ai découvert… un homme hallucinament productif !

Il a écrit une quantité astronomique d’histoires, d’essais, de lettres, de pièces de théâtre et surtout une quinzaine de nouvelles, souvent dépassant les 800 pages.

Pas de blague avec la routine de Charlie. Si LES conditions pour bosser ne sont pas précisément réunies, impossible d’écrire.

Déjà, il lui faut un calme olympien. Il a même fait poser une porte en rab pour insonoriser un max sa pièce de travail - il n’aurait pas trouvé son bonheur dans le pub où je t’écris en ce moment même ;)

Un calme olympien… mmh.
Le silence, une clé de productivité ?
Je sais que tu travailles toujours en musique. Bizarrement de mon côté, j’ai longtemps été stressée par le bruit !!!

J’ai passé mes concours d’école de commerce avec des boules quies enfoncées jusqu’à la trompe d’Eustache.
(Oui oui, c’est le nom anatomique d’une partie de nos oreilles)
On en apprend des choses.
On en apprend des choses.
Et ce n’est que récemment que j’ai réalisé que je me sens en fait beaucoup mieux en travaillant dans un cadre agité et bruyant. Pratique quand on vit à Paris et que mon lieu de travail favori est le café au coin.

Je pense que ce déclic m’est venu quand j’ai commencé à faire du théâtre et que j’ai compris que ma capacité à me concentrer me…plombait mon jeu de comédienne.

C’est fou mais je joue mieux si, quelques secondes avant de monter sur scène, je parle avec mes partenaires de jeu de… la soirée du samedi soir ou de la conversation loufoque surprise dans le métro à midi. C’est dit, la déconcentration me rend plus productive :)

J’avais d’ailleurs entendu Eric Ruf dire quelque chose à ce sujet-là. Mais si, tu sais Eric Ruf c’est le directeur” de la Comédie Française (on dit “administrateur”). C’est aussi un homme extrêmement productif (et, je trouve, très beau aussi…).

Et il dit :

Il n’y a rien de pire si vous me mettez dans une pièce en me disant “personne ne va te déranger, tu as ton ordi, t’inquiète pas, est-ce que la lumière te va… ?”.
Je suis pris d’une angoisse absolue !!
Cette concentration me déconcentre. Si vous me mettez dans un café avec de la musique où tout le monde peut me parler, j’arrive profondément à travailler : il me faut ces conditions là.

Quel regard ! Je fonds.
Quel regard ! Je fonds.
Bref dans ces conditions là autant te dire que Charles Dickens n’aurait pas publié grand chose.

Ponctualité et régularité : l'heure, c'est l'heure.

Le silence n’est pas sa seule condition pour se mettre à bosser.

Il faut que le bureau de Dickens soit placé devant une fenêtre, il lui faut un bouquet de fleurs, une plume d’oie pour écrire, un coupe papier et ses deux étranges petites statuettes en bronze (l’une représente des gros crapauds se bagarrant et l’autre un gentleman croulant sous les bébé chiens…). Ne crois pas que c’est un argument pour laisser traîner tes statuettes égyptiennes (que je hais) sur mon bureau.
Ton totem. Je ne cherche plus à te comprendre.
Ton totem. Je ne cherche plus à te comprendre.
Les heures de travail de Charles sont fixes et jamais il n’y déroge !! La moindre action la plus banale est prévue avec une ponctualité et une régularité bluffante.
D’ailleurs, le fils de Charles dit de son père :

“Aucun employé de bureau ne peut être plus méthodique que lui, c’est comme si les tâches les plus anodines étaient des missions de business de la plus haute importance.”


Et pour le reste, voici sa routine, répétée chaque jour, peu importe la saison, l’humeur, l’inspiration.

  • Réveil à 7h, petit-déjeuner à 8h - petit déjeuner qui dure..une heure !!
Moi qui complexais de prendre des petits-déjeuners de 20 minutes…

  • De 9h à 14h, posté au bureau, il écrit, il écrit, il écrit.

  • 14h, un rapide déjeuner en famille ; souvent en transe à la sortie de son bureau, il mange mécaniquement et il n’est pas du genre bavard. Ça donne envie !

  • Aussitôt le dessert englouti, il file en balade. Et pas une petite balade…

Tous les jours, Charles se prend trois heures pour se balader dans Londres ou dans la campagne proche de Londres. Il continue de bosser en marchant, puisqu’il cherche partout autour de lui l’inspiration et plus précisément “des images sur lesquelles construire son histoire”.

Au retour au bercail, son beau frère dit :

“En revenant de sa balade, Charles est l’incarnation même de l’énergie, ça se ressent par tous les pores de sa peau !!”

  • A 18h c’est le dîner et les soirées sont consacrées à la famille et aux amis.

  • Dodo à minuit.

Mon voisin de train commence à beaucoup ronfler, je ressors mes boules Quies et je t'abandonne là.

Amicalement,

Estelle
PS : A l’époque de Dickens on disait : “une bonne tarte salée est une tarte cuisinée par sa femme. C’est le seul moyen de s’assurer de ne pas manger une tarte… aux chatons” !!!!
Tu vois, les lasagnes Findus, ça date pas d’hier !
Tu vois, les lasagnes Findus, ça date pas d’hier !
Il y a beaucoup de scandales alimentaires ; sans le savoir on mange à l’époque du chat, du chien et bien sûr du cheval. Miam ! Et tu imagines bien que ce sont surtout les plus pauvres qui se font arnaquer - étonnant.

No comment
No comment
Et dans tout ça, que fait notre Charles Dickens ? 

Charles c’est un chic type. Un peu le L214 d’aujourd’hui. 
Il avait son propre magazine hebdomadaire, Household Words. Chaque numéro ne coûte que deux pences, pour que les démunis puissent se le procurer. 
Dans son magazine, il dénonce régulièrement le trafic des aliments et la souffrance animale. 
Bon, à l’époque, Charles Dickens de passage à Paris, en profite pour aller visiter un abattoir parisien. Dans son magazine, il écrit que :
Les parisiens tuent leurs animaux humainement, dans des abattoirs propres, dans de bonnes conditions, sans aucun rush, en prenant leur temps.

Ok, si les français sont des exemples à suivre, je me demande du coup à quoi ressemblent les abattoirs londoniens….  
C'était juste pour te souhaiter un bon appétit !
C'était juste pour te souhaiter un bon appétit !
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