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#3 Le génie du jour est...Haruki Murakami !

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Genius at Work
#3 Le génie du jour est...Haruki Murakami !
Par Genius at Work • Numéro #3 • Consulter en ligne

Bienvenue dans cette troisième édition de “Genius at Work” !
“Genius at work” regroupe la correspondance entre Estelle Haas et Alexandre Dana. Chaque semaine, ils décortiquent la routine de travail d’un génie : scientifique, romancier, entrepreneur, athlète…
Dans sa vie, Estelle utilise le théâtre pour coacher des dirigeants sur leur prise de parole en public. Elle adore le théâtre, mais pas les mamies du premier rang qui toussent.
Dans sa vie, Alexandre est CEO de l’école en ligne LiveMentor, école pour les entrepreneurs, freelances ou indépendants. Il ressemble à un fou quand il se met à parler (souvent seul) d’éducation.

Cher Alexandre,
Merci pour ta lettre de la semaine dernière. Tu as omis de mentionner un détail sur ce monsieur Rodin. C'était un très chaud lapin. J'ai entendu dire qu'il pelotait tous ses modèles qui posaient pour lui. Cibles faciles… À l'époque, les seules modèles qu’on voyait dans les ateliers étaient des femmes, d’origine modeste, des « grisettes » payées pour se déshabiller. 
Mais c’est amusant parce que j’étais moi aussi au musée Rodin il y a quelques jours, pour prendre le soleil et lire mon livre, un petit bouquin du romancier japonais Haruki Murakami.
1. Avant d’être écrivain, Haruki sert des bières derrière le comptoir de son bar
C’est un auteur que j’adore car tout est simple dans ses nouvelles - eh oui, je lis des nouvelles, ma capacité de concentration est réduite…:)
L’écriture est simple donc je ne décroche pas. Et j’ai l’impression qu’Haruki est lui aussi quelqu’un de très simple, ça se sent dans ses histoires et c’est sûrement ce qui m’attire aussi chez lui.
Un sourire qui donne envie d'aller au Japon
Un sourire qui donne envie d'aller au Japon
J’ai lu qu'adolescent, il n’avait pas beaucoup d’amis. Son père est prof de littérature japonaise au collège et Haruki passe son temps à lire des romans et à discuter avec son chat.
À 23 ans, toujours étudiant à l’université à Tokyo, il tombe amoureux et se marie.
Il a un plan pour fuir la vie de salarié qui l’ennuie : s'endetter pour ouvrir un bar avec sa femme dans la banlieue de Tokyo.
Et pas n'importe quel bar.
Un bar de jazz !!
Pour écouter non stop ses disques préférés, les grands disques américains, Art Blakey, Thelonious Monk, Charlie Parker…
Haruki et sa femme ouvrent leur bar dans le quartier étudiant de Kokubunji ; le bar s'appelle le “PETER CAT”- ça c’est certainement une suggestion de son copain d’enfance, le chat.


  Bon, aujourd’hui une simple cafétéria a remplacé LE PETER CAT!
Bon, aujourd’hui une simple cafétéria a remplacé LE PETER CAT!
Un soir d’avril 1978, alors qu’il regarde tranquillement un match de baseball au stade Jingu à Tokyo (sais-tu que le baseball est un sport national au Japon ?), il lui vient une idée.
Une idée aussi fulgurante que “le bruit de la batte frappant la balle.”
Et si j’écrivais un roman ?

Il vient tout juste d'avoir ses 29 ans.
Pour faire du baseball au Japon, on doit maîtriser le grand écart latéral.
Pour faire du baseball au Japon, on doit maîtriser le grand écart latéral.
2. Comment Haruki a cherché et trouvé son style d’écriture
C’est parti !! Mais comment faire pour écrire un roman ? Il a en tête les images des romanciers attablés écrivant sur des liasses et des liasses de papier.
Ni une, ni deux, il fonce à la papeterie, il s’achète une rame de papier et de quoi écrire. À 23h, il peut fermer son bar de jazz et filer s’enfermer dans sa cuisine pour écrire.
Stylo dégainé, feuille blanche préparée.
Et… rien. Nada, walou. La page blanche.
Un soir, en rentrant du bar, sur un coup de tête, il décide de changer. Plus de papier, plus de stylo. Il sort d’un vieux placard sa machine à écrire Olivetti - oui quand on a père prof, on a, j’imagine, ce genre de chose à portée de main.
Sauf que sa machine a un clavier… ANGLAIS !! Et non japonais !
Pour des raisons pratiques, notre Haruki doit écrire en anglais sur sa machine. Alors certes, il maîtrise l’anglais, mais son vocabulaire est tout de même limité. Résultat : il est obligé de se restreindre à des phrases courtes et simples.
Et voilà !! Le clavier s’emballe, les touches se mettent à danser et Haruki écrit, écrit, écrit. Voilà comment le plus grand auteur contemporain japonais découvre, au détour de l’anglais, le style qui fait de lui un des auteurs les plus lus de la planète.
Il se lance, publie ses premiers écrits, la mayonnaise prend.
Il décide de vendre assez rapidement son bar pour se consacrer entièrement à l’écriture.
Pendant plusieurs mois, il conserve sa machine à écrire. Haruki pense et écrit en anglais, avant de ressortir sa rame de papier et de tout ré-écrire en japonais.
3. Une routine millimétrée : écrire, lire et t-chat-cher
À 69 ans, j’ai l’impression que son mode de vie est aussi simple que son écriture.
Quand j’imagine l’atelier d’Haruki, je visualise une pièce poétique, avec une hauteur sous plafond de dingue, des plantes partout et d'énormes disques sur les murs.
En fait, son bureau est au 6ème étage d’un immeuble du quartier d'Aoyama à Tokyo et n’a rien à voir avec un atelier d’artiste ! C’est un bureau avec des fournitures assez industrielles - qu’un étudiant peut glaner au supermarché du coin. C’est un environnement de travail banal, rien de particulièrement confortable, et ça me rappelle le bureau d’un certain architecte slovène
 Haruki a une routine très…cadrée !
Déjà, réveil 4:OO.
S’ensuit une séance d’écriture de cinq ou six heures d'affilée.
L’après-midi, il court ou nage (ou les deux), il écoute de la musique, il lit. Il parle à sa femme et à son chat (il y a des choses qui ne changent pas). J’espère quand même que c’est plus souvent à sa femme. Ah, et son plaisir est de siroter une bière.
Au lit à 21h pétante.
4. Une routine pour rester concentré : de la bière à la course à pied.
Sa routine est un moyen de travailler sa concentration, aussi bien mentale que physique.
Mentalement, il faut être concentré pour suivre une routine, sans jamais y déroger !! Tel un sportif qui s’entraîne tous les jours de l’année sans exception…
Cet art de la concentration lui vient de son grand-père paternel, prêtre bouddhiste dans un temple de Kyoto. Le seul défaut de son grand-père : l’amour du saké. Une nuit d'ivresse, il s'est couché en travers de la voie ferrée. Le tramway lui a roulé dessus. Il est mort coupé en deux.
 Le corps a aussi son importance dans une routine. Quand le jeune Haruki vend son bar et se met à plein temps à l’écriture, il change ses habitudes.
Fini la course derrière le bar jusqu’à minuit.
Le voilà assis et immobile, avachi toute la journée derrière son bureau. Son nouveau métier d’écrivain lui offre comme Welcome Pack… quelques kilos.
En quelques mois, notre Haruki gonfle à vue d'oeil, et pour faire passer le goût du sucre, il fume jusqu’à 60 cigarettes par jour. Ça me rappelle aussi mes premiers mois passés quand j'ai commencé à travailler depuis mon canapé…
Pour Haruki le déclic arrive (heureusement) très vite : il décide de tout changer. Il emménage avec sa femme à la campagne pour se remettre dans les rails.
Déjà, adios la cigarette.
Mollo sur la bière. Le poisson et les légumes font maintenant partie de sa diète : il perd très rapidement tous ses kilos. Et surtout… il se met à la course à pied !
Contrairement à toi qui ne court jamais plus de 7km, Haruki court beaucoup - il a déjà couru 100km d'affilée… Le sport est un temps où il ne pense à rien : il est seul face à ses muscles, à ses poumons et à son coeur.
Tu vois, même le sport devient poétique avec lui. Tu pourras penser à ça la prochaine fois que tu enfiles tes runnings.
Comme tu t'en doutes, cette routine ne lui laisse pas beaucoup de temps pour une vie sociale. Il sort rarement, ses interviews sont rarissimes et il ne s’exprime en public que très exceptionnellement. Quant aux conférences, n’en parlons pas ! Et jamais, oh grand jamais il ne te signera un exemplaire d'un de ses livres.
Il a quelques amis musiciens, artistes, illustrateurs. Mais pas d'écrivains.
5. Routine et intuition, un duo puissant ?
Tu vois, même si ses journées se ressemblent en apparence, Haruki travaille de façon très libre.
Si ses matinées sont ultra planifiées, ses romans, eux, ne le sont pas du tout.
Imagine le truc… il écrit tous ses romans sans avoir de plan.
Il écrit sans savoir ce qui va se passer !! Moi qui suis une handicapée de la planification, voilà une nouvelle qui me rassure :)
Un matin, il écrit trois pages, et il se couche sans savoir ce qui se passera dans la suite de son histoire.
Je le vois bien s’endormir avec tous ses personnages en tête, qui vont tranquillement se coucher avec lui et qui sont prêts, le lendemain matin, à vivre et à continuer leur aventure.
J'ai l'impression qu'il réussit à saisir les opportunités, dans sa vie et dans ses histoires, en écoutant simplement son intuition. Comme ce jour d'avril où il s'est lancé dans l'écriture. Comme ce jour où il a sorti sa vieille machine à écrire.
Tu pourrais peut-être parler de tes intuitions à tes actionnaires la prochaine fois qu'on te demande un plan à 6 mois… ? Ils seront ravis :)
Au plaisir de te croiser une prochaine fois au musée Rodin ?
Que ta semaine soit placée sous le signe de l'intuition !
Estelle

PS 1 : Si un jour tu veux dépasser ton record de 7km à la course à pied, que tout ton corps te fait mal et que tu es sur le point de t'arrêter… Haruki a une solution. Il te recommande d'engager une discussion avec tes muscles. Parlemente avec eux ! Encourage-les, gronde-les, flatte-les… (Tu m'en diras des nouvelles).

PS 2: Ah, je voulais te dire aussi, tu sais que tu peux, dès aujourd'hui, choisir ce que tu veux écrire sur ta tombe ?
Haruki, lui, aimerait que figure l'inscription : “Ecrivain (et coureur)”.
Tu noteras que le deuxième terme est, quand même, entre parenthèses.
Avez-vous aimé ce numéro ?
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"Genius at work" regroupe la correspondance entre Estelle Haas et Alexandre Dana.

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