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#1 - Le génie du jour est...Jože Plečnik !

Bienvenue dans cette toute première édition de “Genius at Work” ! "Genius at work" regroupe la corres
Genius at Work
#1 - Le génie du jour est...Jože Plečnik !
Par Genius at Work • Numéro #1 • Consulter en ligne
Bienvenue dans cette toute première édition de “Genius at Work” !
“Genius at work” regroupe la correspondance entre Estelle Haas et Alexandre Dana. Chaque semaine, ils décortiquent la routine de travail d’un génie : scientifique, romancier, entrepreneur, athlète…
Dans sa vie, Estelle utilise le théâtre pour coacher des dirigeants sur leur prise de parole en public. Elle adore le théâtre mais pas les mamies du premier rang qui toussent.
Dans sa vie, Alexandre est CEO de l’école en ligne LiveMentor, école pour entrepreneur, freelance ou indépendant. Il ressemble à un fou quand il se met à parler (souvent seul) d’éducation.

Cher Alexandre,

J’ai visité cet été la Slovénie (un pays incroyable, je te le recommande !) et j’ai pensé à toi. Tout particulièrement quand j’ai découvert la maison de l’architecte national, Jože Plečnik.
J’ai pensé à toi, car vous avez, lui et toi (et ne te vexe surtout pas !!) quelques points communs.
La rivière Ljubljanica
La rivière Ljubljanica
Pour te remettre dans le contexte, Jože Plečnik a pratiquement dessiné toute la ville de Ljublana (rien que ça).
Les impressionnants ponts, c’est lui. Les églises, la bibliothèque nationale, le marché couvert, c’est lui. Les stades d’athlétisme et le cimetière, c’est lui.

Je te raconte son histoire.

Sur le papier, il aurait dû faire carrière dans l’ébénisterie, pour reprendre l’affaire de papa. Mais lorsqu’il perd son père en 1892, Plečnik a tout juste 20 ans. Il ne sait pas travailler le bois, impossible de reprendre la menuiserie. Il doit se former, tâter de la scie, de la dégauchisseuse, de la fraiseuse, de la mortaiseuse… et il choisit l’Autriche pour apprendre.

A Vienne, il découvre les somptueux musées, le goulash et surtout le mentor qui va changer sa vie : Otto Wagner, professeur d'architecture à l'académie des Beaux-Arts.

Sa mère qui, depuis Ljubljana, reçoit par la poste les croquis de son fils, l’encourage à aller toquer à la porte du professeur.

Toc, toc, toc.

C’est le coup de foudre (professionnel). Le vieux professeur, mondialement connu, prend Plečnik sous son aile et cette rencontre marque le début de la longue carrière de Plecnik (très longue, puisqu’il meurt à 91 ans). C’est la naissance d’un bourreau de travail qui peu à peu va redessiner toute la ville de Ljubljana. Comme quoi, merci maman…

Tu vois, en visitant les extraordinaires monuments de Plečnik à Ljubljana, je me le suis tout de suite imaginé mondain (et gros), se pavanant dans les prestigieuses soirées viennoises et savourant les vins les plus raffinés…

ERREUR !

En allant visiter sa maison, j’ai découvert que ce génie du crayon avait choisi une vie bien solitaire et austère.

Imagine que (par miracle !!) tu aies réussi à décrocher un rendez-vous avec Plečnik.
Nous sommes un jeudi 30 avril 1925, journée humide, il pleut, voilà ce qui t’attend.
Tu es reçu par sa femme de ménage Urška qui t’invite à t’asseoir dans la véranda de la maison. Et bien, je te promets qu’en quelques minutes, tu es… mouillé.
Complètement trempé. Car juste au-dessus de ta tête, au plafond de la véranda, regarde. Un énorme trou, pensé volontairement par Plečnik pour faire fuire les visiteurs. Tu as compris, le message est clair, tu n’es pas vraiment le bienvenu.

Tu lui pardonnes car c’est un monstre de travail. D’ailleurs il croule tellement sous les commandes de l’Etat qu’il se dit “esclave des slovènes”. Pour respecter les délais impartis, Plečnik a tout prévu pour rester concentré sur ses planches de dessin.
Étape une, tu t’en doutes, dissuader tous les visiteurs curieux.
Étape deux, pas de grasse matinée.
Il s’est lui-même construit un lit trop petit. Ses pieds dépassent, les courants d’air lui chatouillent les orteils. Dans ces conditions, tu peux oublier la flânerie matinale.

A 5h45, notre slovène, droit comme un pic, est attablé dans sa cuisine : que la journée commence !
La chambre de Plečnik
La chambre de Plečnik
Étape trois, toujours répéter les mêmes schémas.
Tous les midis, le repas est strictement identique : un demi bagel (attention, qu’une moitié !) et un verre de vin vinaigré, le plus cheap du pays.

Le reste de la journée, Plečnik travaille dans une plus petite salle de sa maison, toute en bois. C’est la seule pièce où sa femme de ménage a interdiction de rentrer et dont les fenêtres ont des vitres teintées pour éviter d’être dérangé de l’extérieur. C’est surtout la pièce où, en plus de travailler, Plečnik fume l’opium et boit son café.

Le voilà, tiens.
Tu ne le trouves pas austère ?
Tu ne le trouves pas austère ?
Il n’a qu’un seul costume noir. C’est clair qu’il ne perd pas de temps devant sa penderie le matin celui-là.  

Étape quatre, toujours avoir un crayon sous la main.
Peu importe la pièce de la maison, il y a toujours une table, des crayons et du papier, même dans la salle de bain, collés à la baignoire !!
Dans toutes les pièces de la maison s’accumulent ses outils de travail. Pas de macbook, mais partout des plaques : plaques de coupe, plaque de liège, plaque de matière pour maquette, plaque de plastique…(ta mère qui bricole pas mal comprendra de quoi de je veux parler.)

Étape cinq, aucune distraction possible.
J’ai remarqué qu’il n’y avait aucune bibliothèque… tous ses livres sont cachés dans des armoires fermées.

Le sexe ?
L’amour ??!! Rien de pire pour s’embrouiller les idées !! Apparemment, Plečnik n’aurait jamais (ja-mais) connu de rapport sexuel. 

Quand je te disais que ce Plečnik me faisait un peu penser à toi, je ne pense pas à sa nature associable, rassure-toi. Ni à ses relations amoureuses (enfin, je l’espère pour toi).

Mais, il me semble que vous partagez une même façon de considérer le travail. Comme lui, tu n’as pas besoin d’être dans un environnement confortable pour bien travailler. Pas besoin de la machine à café dernier cri et quand tu es lancé tu oublies systématiquement de manger. On est loin des startups qui investissent dans les nouvelles chaises “zéro gravity 100% productivity” !!

Tu te fous complètement de savoir si ton poste de travail est zen ou s’il y a du silence autour de toi. Tu dégaines ton carnet partout et quand tu veux.
la chaise "Zéro gravity"
la chaise "Zéro gravity"
D’ailleurs, ce n’est pas demain la veille que ton équipe réussira à te faire commander une table de ping pong, des viennoiseries ou sushis à volonté, ou pire encore… un vélo elliptique. Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment et tu n’es vraiment pas radin :)
Tu vois simplement ces apparats comme un signal que le travail et sa rémunération ne se suffisent pas à eux-même et cela te dérange.
J’espère que tu ne le prends pas mal et que tu vas bien.
J’attends avec impatience ta réponse. Cette visite slovène m'a donné envie d'en apprendre plus sur les routines de travail d'autres génies : scientifiques, romanciers, entrepreneurs, athlètes…
Nous pourrions en parler ici et nous appellerions notre correspondance “Les routines des génies”.
Peut-être que “Genius at Work” sonne mieux, tu en penses quoi ? 
Estelle

PS : A titre personnel, je suis fan du ping-pong.
PS 1 : J’ai appris récemment que l’année 1892 a vu naître le serpentin en France !! Quand un employé du bureau de poste 47 a eu l'idée de lancer sur les gens, dans la fête, des fins de bobines de signaux morse en papier :)

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Genius at Work

"Genius at work" regroupe la correspondance entre Estelle Haas et Alexandre Dana.

Chaque semaine, ils décortiquent la routine de travail d’un génie : scientifique, romancier, entrepreneur, athlète…

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